Les « informateurs »

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Description

Tous les linguistes et anthropologues de « terrain » savent qu’on ne fait rien sans ceux qu’on appelle les informateurs (ou -trices). Le vocabulaire anglo-saxon, qui véhicule volontiers une sorte de mauvaise conscience, a abandonné le mot de informant pour des concepts comme "expert local". Le mot "informateur", en français, n’est pas très beau non plus. Mais de toute façon, l’important ici n’est pas dans le mot, mais dans la personne. Les journalistes aussi, qui souvent par nécessité changent de terrain comme de chemise, utilisent des experts locaux (dont parfois des linguistes comme nous), qu’ils appellent des fixeurs : ces gens qui connaissent le quartier et vous indiquent qui interviewer. On leur donne la pièce. Il en va tout autrement pour nos informateurs, à qui en général il est très difficile de donner la pièce, parce qu’ils préfèrent l’amitié. C’est du moins mon expérience en Inde. Les linguistes de terrain savent qu’un terrain se construit, souvent sur plusieurs années– au cours desquelles on devient "moins bête" et on connaît mieux les gens. La relation qu’on sait construire avec ses "informateurs" privilégiés est au cœur du métier – et c’est quelque chose qu’il est difficile d’enseigner aux étudiants. Le portrait ci-dessus est celui de Biphul Chandra Deori (décédé en 2011). Après que j’avais fini mon premier long terrain chez les Deori d’Assam, il m’a reçu chez lui à Guwahati. C’était un personnage important, mais il était à la retraite. Nous nous sommes ‘pris d’amitié’ l’un pour l’autre et nous avons revu ensemble, mot par mot, pendant d’innombrables longues séances, le lexique que j’avais collecté et qu’il a enrichi de diverses façons. C’était un ami.

Créateur

François Jacquesson

Date

2006

Droits

Attribution/Pas d'utilisation commerciale/Pas de modification

Type

Photographie

Couverture

Assam

Format original

Photo numérique

Taille maximale

443x590

Poids de fichier

14 Ko