La maloca comme cadran solaire "négatif" (La Pedrera)

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Description

Appelée maloca en espagnol (un terme provenant de la língua geral*), la maison ronde des Indiens yucuna d'Amazonie colombienne est à la fois une institution résidentielle plurifamiliale et cérémonielle – centrale dans les échanges traditionnels (Fontaine, 2008) – et une enceinte architecturale servant de calendrier et d'horloge solaire (Cf. Von Hildebrand, 1987 : 244-247). La maloca (pají en yucuna) a toujours deux ouvertures ou fenêtres triangulaires en haut de la charpente, situées sur l'axe est-ouest. Étant donné que la région où vivent les Yucuna est très proche de la ligne équatoriale, le soleil se lève et se couche toute l'année aux mêmes heures (6 h et 18 h). D'après les diagrammes solaires réalisés à l'Équateur (Cf. figure ; Beckers, 2004:6), on sait aussi que le soleil est toujours au nord du 21 mars au 21 septembre, au sud l'autre moitié de l'année, et il est au zénith à ces dates à midi. En observant l'emplacement du triangle lumineux projeté par le soleil dans la maloca, on peut donc estimer non seulement l'heure en tenant compte de certains repères parcourus par leur cheminement quotidien d'ouest en est (à part à la mi-journée qui est systématiquement caractérisée par l'absence de zone lumineuse), mais aussi le mois de l'année, en fonction de la courbure plus ou moins prononcée (par rapport à l'axe est-ouest) de l'arc suivi par le déplacement de ces rayons entre le sud et le nord (6 mois au sud, 6 mois au nord de l'enceinte de la maloca). Par exemple, sur cette photo prise à 16 heures le 14 août 2009, le triangle de rayons lumineux éclaire la moitié sud de la maloca sur le mûr de clôture, et touche l'entrée principale (à l'est). La maloca forme donc un gigantesque cadran solaire négatif, c'est-à-dire un cadran qui marque la position du soleil non par l'ombre d'un gnomon, comme sur un cadran solaire conventionnel, mais par la lumière projetée au travers d'un orifice. *La língua geral est le nom de deux langues véhiculaires (le tupi austral aujourd'hui disparu, et le tupinamba dont descend l'actuel nheengatu), langues du groupe Tupi-Guarani utilisées au Brésil par les colonisateurs portugais à partir du XVIe siècle pour communiquer avec le plus grand nombre d'indigènes, dont beaucoup connaissaient ou comprenaient au moins un peu la langue tupi.

Créateur

Laurent Fontaine

Date

2009

Droits

Attribution/Pas d'utilisation commerciale/Pas de modification

Type

Photographie

Couverture

La Pedrera (Amazonas)

Format original

Photo numérique

Taille maximale

590x443

Poids de fichier

90 Ko