Retour des champs pour préparer la cuisson des prémices d'ignames (hommage à Gaby Moentéapo)

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Description

Gabriel Téâ Auru Mwâtéapöö dit Gaby est décédé mercredi 20 février 2013 à Nouméa à 68 ans et est enterré aujourd'hui, vendredi 22 février, par un curieux pied de nez du calendrier puisque c'est aujourd'hui la sainte Isabelle ! Par cette image, je veux lui rendre un dernier hommage.
Gaby était mon "grand frère", Ciè en paicî.
J'ai rencontré Gaby à la suite des événements de 1984. Militant kanak de la première heure, il avait fondé en 1974 avec Déwé Görödé et Élie Poigoune le "Groupe 1878" qui préfigura en partie le Palika (parti de libération kanak) dont il fut membre actif durant de nombreuses années.
Gaby a eu un parcours très particulier, en quelques mots ici, infirmier, militant indépendantiste dans l'ADSPPK (association Développement d'une santé pour le peuple en Kanaky), avec auparavant un court passage dans les institutions de la région Nord (dont il avait démissionné, préférant garder sa liberté de pensée et d'action).
C'est par lui que je suis arrivée un beau jour de septembre 1989 à Ponérihouen, chez ses parents, dans la vallée de Cäba. Je travaillais à cette époque sur le développement économique en milieu kanak : il a été mon premier "guide" dans les vallées de Ponérihouen avant de me laisser chez ses parents, sans que ceux-ci ne soient forcément très contents de m'avoir sur les bras. Ce fut pourtant le début d'une relation très profonde avec toute la famille, à tel point que son père André Mêcêrè me dit un jour, quelques années après, que j'étais désormais sa fille et que je devrais m'appeler désormais Isabelle Mwâtéapöö, ce que m'a confirmé Gaby bien des années après en m'associant à la présentation d'une coutume de deuil de la famille. C'est en hommage aussi à Caa André que mon fils porte le nom de Mêcêrè. En 1989, après m'avoir laissée dans la famille à Cäba, Gaby était reparti à Nouméa pour l'ADSPPK et c'est donc Caa André qui m'a guidée par la suite dans les vallées pour continuer mes enquêtes de parenté.
Gaby était ce qu'en d'autres temps et d'autres lieux on aurait appelé un "honnête homme". Il lisait énormément et avait une culture à faire pâlir bon nombre de personnes. Et comme son père, il était une mémoire vivante sur la tradition et l'histoire paicî. Il écrivait aussi beaucoup, tant jadis dans les journaux militants Andi ma Dhô, journal du Groupe 1878, puis dans Kanak, journal du Palika, que plus récemment des poèmes et des chansons. Il jouait aussi de la guitare et composait des mélodies pour accompagner ses chants.
Il était revenu vivre chez lui, après le décès de son père, avec sa soeur Marthe et ses deux neveux, Céu et Patou, qui avaient été adoptés par leur grand-père André.
Il va nous manquer comme à tous ses proches, et c'est aussi une perte pour le pays kanak.

Créateur

Isabelle Leblic

Date

2007

Droits

Attribution/Pas d'utilisation commerciale/Pas de modification

Type

Photographie

Couverture

Ponerihouen

Format original

Photo numérique

Taille maximale

1000x665

Poids de fichier

90 Ko